La Reine Sanglante Version complète remaniee
Le petit bateau coulait sur les eaux tranquilles, doucement berce par le rouli. Evanouie, un bras pendant dans l'eau et ses guenilles cachant a peine sa nudite, une jeune femme aux levres sechees par le sel respirait doucement. Sa peau d'ebene luisait sous le soleil de plomb, et malgre de nombreuses cicatrices, sa beaute etait a couper le souffle. Ses longs cheveux d'un noir de jais flottaient dans l'onde, ondulant au gres des vagues. Elle revait.
Flammes, violence, mort. Des hommes aux habits chamarres abordant un navire. Peur. Des hommes a la peau noire transperces par des lames brillantes. Sang. Le pont du navire, rendu glissant par la vie de l'equipage s'ecoulant de leur corps. Partir, vite. La chaloupe. Le choc quand elle touche l'ocean dans sa chute. Terreur. Un homme aux dents noires, debout sur le bateau. Son sourire lubrique. Sa lame rougie. Panique. Dans sa main, un couteau. Les yeux surpris de l'homme. La lame, enfoncee dans le coeur du pirate. Ses yeux. La peur. Ses yeux...
Elle se reveillant en sursaut, sortie de son cauchemard par ses propres cris. La peur dans les yeux de l'homme qu'elle avait tue toujours presente dans sa memoire. Elle avait tue. Elle, une esclave, pour sauver sa vie, elle avait tue. Depuis toujours, elle avait eu en elle ce desir de liberte, de faire payer aux hommes tout ce qu'elle avait subit. Son peuple massacre. Ses freres morts sous le fouet des esclavagistes. Tout cela lui revint a son reveil, souvenirs amers, tels une vague, une vague plus salee que toutes celles qui avaient fouette son corps pendant ces trois jours a la derrive. Ses yeux fatigues virent se dessiner a l'horizon une ligne sombre. Elle ne realisa que quelques minutes plus tard qu'elle arrivait au terme de son errance sur le bleu. A peine son pied parfait eu t il touche le sol que son esprit resonnait deja d'un seul mot. Vengeance.
*
**
Deux ans s'etaient ecoules depuis que Breckel Barbe Tressee etait Prince des pirates. Ses actes violents et audacieux en avait vite fait quelqu'un de redoute dans la confrerie, et sur les mers. Les cadavres qu'il laissait derriere lui etait un temoignage "vivant" de ses capacites de violence.
Assis sur son trone, ou plutot avachis sur son trone, la fete battant son plein autour de lui, il observait a travers les brumes de l'alcool sa "cour" en pleine beuverie. Des femmes, esclaves ou catins louees pour l'occasion, essayaient sans grande reussite de fuir les avances des marins saouls. La plus grande pagaille regnait dans cette salle, le sol couvert de dechets et de flaques d'alcool, ainsi que d'autres substances plus ou moins digerees qu'il ne valait mieux pas regarder de trop pres. La musique assourdissante saoulait peut etre plus que l'alcool.
A ses cotes, Nyilla, sa concubine, lui souriait. Ses formes voluptueuses, sa peau souple, noire comme le charbon, ses longues jambes pliees sous elle, elle buvait a ses cotes. Son sourire, toujours enigmatique, eclatait d'une blancheur eblouissante, contrastant avec sa peau noire, striee de traits plus noirs encores, cicatrices d'un passe qu'il devinait sombre, mais dont elle ne parlait jamais. Elle etait avec lui depuis maintenant une annee, l'aidant dans la gestion, chose a laquelle il n'entendait rien de toutes facons. Elle etait presente dans chacune de ses decisions, l'epaulant des qu'il le fallait. Ses autres conseillers avaient soit ete executes sur les conseils avises de le jeune femme, soit avaient peri dans des circonstances obscures, souvent poignardes par une lame fine, semblait-il. Ce n'etait pas chose rare sur cette ile... C'etait la premiere fois qu'il accordait de la confiance a une femme, mais ses competences etaient indeniables, et elle etait si belle. A bien y reflechir, c'etait vraiment etrange qu'il soit aussi dependant d'elle... Cela ne lui etait jamais arrive... Ca ne devait pas etre bien grave... Il se replongea dans l'observation de sa fete.
*
**
Une dague, fine, elegante, aceree, et mortelle. Dans la main, delicate et douce, noire comme une nuit sans lune, la lame refletait la rouge lueur des torches. La main se leva, et s'abattit. L'homme, n'eut meme pas le temps de rever sa douleur, il mouru dans son sommeil, ses reves de richesses et de pillages coupes courts par le tranchant argente de la lame. Nyilla regarda le corps de son amant se vider de son sang. Un rire profond sorti de sa gorge, retentissant dans la nuit. Son corps nu, luisant de sueur brillait dans la lumiere des torches.
Les gardes passaient en titubant, plus ivres que reveilles. La fete pour celebrer les pillages de la semaine passee battait son plein, mais malgre cela, ils faisaient leur ronde, comme ordonnes. Leur ronde avait un parcours un peu erratique, certes, l'alcool ayant un peu endormi leurs sens. Ils passaient actuellement pres des quartiers de leur Prince. Il etait parti depuis maintenant plus de deux heures en compagnie de sa concubine preferee... Sa beaute etait reconnue unanimement par tous les pirates, et les deux gardes ne faisaient pas exception. Avec une idee que seul l'alcool pourrait les pousser a realiser, ils s'approcherent de la porte des appartements de Berkel, voulant ne serait-ce que deviner la forme de la jeune femme dans le plus imple apparat. Si le Prince les trouvait... Ils jeterent un oeil par l'entrebaillement de la porte.
Leurs sens emmousses virent la femme, debout devant eux. Ou peut-etre etait-ce un demon. Un demon rougeoyant, riant de facon effrayante. Le blanc de ses yeux resortant de la noirceur de la peau. Une ombre noire et rouge, avec deux points pales et froids qui les regardaient fixement.
Le regard des deux brutes se porta sur le lit derriere elle. Ne croyant pas le spectacle ecarlate des draps souillés, ils trébuchèrent en avant, au beau milieu de la pièce. La langue pendante, les yeux revulses, leur Prince gisait sans vie au milieu de son sang. La premiere regle de la piraterie est qu'il faut venger son frere tombe, mais une autre regle veut qu'en cas "d'accident", la personne la plus forte prenne le commandement...
Alors que l'un des gardes tombait a genoux devant son nouveau suzerain legitime, l'autre sortit sa lame. Les reflets pales des eclats de lumieres renvoyes par la lame dancerent sur les murs quand il fit faire quelques mouvements a l'acier dans l'air epais de la nuit. La dague de Nyilla restait inerte dans sa main, mais le rire diabolique s'etait arrete. Le sourire sur ses levres pulpeuses etait devenu carnassier. Son corps souple se mit en mouvement, a la facon d'une panthere. Ses membres graciles se meuvaient avec une grace quasi inhumaine, et ses formes souples, recouvertes seulement par la semi obscurite de la piece, avaient un pouvoir presque hypnotique. Les muscles tendus sous la peau d'ebene se detendirent brusquement, en un bond felin.
Elle arriva sur lui a une vitesse impressionnante, et le pirate ne dut sa vie qu'a un reflexe acquis par de nombreux combats a mort. Son sabre s'interposa entre la dague et sa gorge. Le choc fut neanmoins violent, et le projetta a terre. La poignee de la dague de Nyilla, glissante de sang, lui echappa des mains, la laissant desarmee. Le song de l'acier contre la pierre chanta comme une douce musique aux oreilles de l'homme, qui se leva et gloussa tout en lechant la lame de son sabre. Il s'approcha, confiant. Il se fendit d'un coup de taille, qu'elle esquiva sans difficulte. Si pres de l'homme, lanca son bras, doigts tendus. Il recula dans un rale, son oeil droit saignant abondamment. Nyilla mis ses doigts ensanglantes a sa bouche, goutant le plaisir de tuer pour la deuxieme fois dans la nuit. Il commencait a perdre de sa confiance, et reculait devant elle. Les mouvements de son sabre etaient approximatifs, et elle les evita sans probleme, pour enfin bloquer le bras de l'homme dans sa poinge de fer. De ses doigts graciles, elle pris l'arme des mains du pirate. Il la regardait fixement, ebloui par sa beaute sombre et sauvage. Ensorcelle par la magie de ses mouvements gracieux. C'est alors qu'il senti le froid dans ses entrailles. La pointe glaciale qui s'enfoncait doucement dans ses tripes, le dechirant de douleur. Il tomba a genoux, puis s'effondra a terre, regardant toujours la beaute de la demone qui lui prennait la vie. Il s'eteignit.
Nyilla, se retourna vers le deuxieme homme. Il n'avait fait aucun mouvement durant le combat, restant agenouille devant ce qu'il avait deja accepte comme son suzerain legitime. Elle lui releva la tete, et dans un murmure, lui souffla dans l'oreille : "Vas, et presente leur leur Reine. Dis leur que je les gouverne desormais. Dis leur que je tuerai de mes mains tous ceux qui voudront me defier pour mon titre. Dis leur ce que tu as vu. Donne leur mon cadeau pour cette fete. Sois mon messager, et annonce mon reigne!"
Il couru plus qu'il ne marcha jusqu'a la salle du banquet. Il lanca au milieu de la piece la tete de Breckel, puis celle du garde mort. Il annonca la nouvelle. Le silence s'ensuivit, alors que les hommes songeaient a leur Prince, puissant guerrier, mort des mains de la jeune femme, puis a son garde, choisi parmis les plus habiles pirates pour le proteger, mort lui aussi. D'un mouvement unanime, ils leverent leur verre a la sante de leur nouveau suzerain, tous decides a mourir le plus tard possible.
La fete continuait dans le palais. Nyilla contemplait la lune au dehors, le vent caressant son corps. Elle songea a son passe, a toutes ces douleurs qu'elle gardait en elle. Puis elle songea a son present, et a son futur, et ses yeux s'embraserent. Elle sourit a la nuit et rit a la lune. Elle etait Reine desormais. Nyilla, la Reine des Pirates.
Je me suis inspire de ton histoire Malta (pour la fin), mais je l'ai mise dans mon style pour qu'il n'y ait pas cassure par rapport aux autres textes. Si ca va a tout le monde, alors je suis content. Faudra peut etre la mettre en un seul message, mais j'avais peur que ca soit trop long. C'est toujours modifiable, alors a vous de me dire!
La victoire n'appelle pas d'explication
La defaite n'en souffre aucune

This post was edited
3 times, last on 2005-01-05, 07:20 by Unknown user.